Ermites de l’info

Tout coule de source, dit l’adage. On pourrait ajouter que la fluidité et la clarté dépendent de la source…

Vous avez peut-être entendu parler de l’expérience Huis clos sur le Net, où d’éminents  journalistes se sont exilés dans le Périgord, du 1er au 5 février, afin de se donner en pâture aux médias sociaux.

Sans accès à la presse, à la radio ni à la télé, cinq reporters d’expérience (de France Info, de France Inter et de Radio-Canada notamment) se sont ainsi abreuvés aux seules sources parfois troubles de Facebook et de Twitter pour avoir l’heure juste sur l’actualité.

Le but étant de constater comment les médias sociaux agissent en tant que filtre de l’information, sans apport externe offert par les médias traditionnels (sauf lorsque ceux-ci font l’objet d’un hyperlien dans les tweets ou mises à jour; il était alors permis de consulter les liens.)

Le droit à l’ininformation?

A priori pas inintéressante, l’étude a abouti à des conclusions un peu floues, et s’est butée à des critiques virulentes de la part des camps des médias traditionnels (Le Monde a été jusqu’à qualifier l’initiative de “Loft Story radio”, en référence à la superficialité patente de la populaire émission de téléréalité) tout comme du côté des vendus 2.0, qui y voyaient une tentative éhontée de discréditer les médias sociaux au profit des institutions médiatiques en crise.

Grosse chamaille sur une divergence de points de vue, parce que les médias sociaux partent souvent de l’individu et non d’une institution pour déployer le contenu.

Ainsi, à s’abreuver aux mêmes sources, on peut finir par tourner en rond. Par ailleurs, le fait que le Saint-Graäl de l’objectivité soit remplacé dans Twitter et Facebook par divers niveaux de subjectivité, chatouille certaines sensibilités bien établies.

Voici quelques citations évocatrices provenant d’un article de Cyberpresse.ca:

Nour-Eddine Zidane de France-Inter: «L’info dépend aussi de la qualité de son réseau Twitter. D’où l’intérêt d’avoir un bon réseau de contacts qu’il faut affiner.»

Olivier Monnot de Blogonautes: «Le journaliste fait sa hiérarchie de l’info par rapport à des critères qui lui sont propres, alors que sur Twitter la hiérarchisation est faite par les internautes.»

Janic Tremblay de Radio-Canada:  «Twitter reste un formidable outil d’alerte [...]. Aucun journaliste ne peut concurrencer un tel réseau.»

De deux choses l’une: Twitter, de manière quantitative, sert surtout à évaluer l’intérêt du grand public pour certains sujets au détriment d’autres. De manière qualitative, eh bien, chaque utilisateur revendique son droit à l’information la plus béton comme au potin le plus gras, à l’anecdote la plus futile comme à l’actualité la plus alarmante, en choisissant de suivre des filons et non d’autres.

Dis-moi qui tu suis, je te dirai qui tu es.

Leave a Comment